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« C’est le simple fait d’attendre qui permet de changer les choses. »

François ROUSTANG

Procrastiner et savoir pourquoi…
Un article pour (tenter de) nous réconcilier avec ces parties de notre personnalité qui ne peuvent pas s’empêcher de repousser, retarder, remettre, reporter…

Je n’aime pas beaucoup ce mot que j’entends régulièrement en entretien : « procratination » et le verbe qui va avec « procrastiner
« …voilà, mon problème c’est la procrastination…”
“…je procrastine, vous savez je remets toujours à plus tard ce que j’ai à faire …“

Je trouve ce mot plutôt froid et technique car il ne me dit pas grand-chose de l’expérience vécue par la personne, de ce qu’elle éprouve et ressent quand elle « procrastine » c’est-à-dire quand elle fait ce qu’elle ne fait pas…. et qu’elle fait autre chose.

  • Est-ce qu’elle s’ennuie ?
  • Est-ce qu’elle s’en veut ?
  • Est-ce qu’elle a peur de passer à l’action ?
  • Est-ce qu’elle a tout simplement des choses qui lui semblent plus essentielles à faire ?
    … Et d’ailleurs qu’est ce qui est essentiel pour elle dans sa vie ?
  • Comment se sent-t-elle à propos de cette attitude qu’elle me décrit comme sa manière de fonctionner ?

Procrastiner, qu’est-ce que cela veut dire ?

Procrastiner, c’est reporter intentionnellement quelque chose qui devrait être fait, remettre à plus tard (au lendemain ou au mois prochain…ou encore plus tard) des tâches jugées ennuyeuses ou peu importantes, des activités qui peuvent attendre et qui, semble-t-il, n’ont pas de conséquences sur le long terme.

wlEmoticon-pointingup.png La procrastination a donc une caractéristique intentionnelle.

wlEmoticon-pointingup.png On la considère souvent comme un problème, une attitude négative et même répréhensible

La procrastination devient une attitude négative quand elle nous limite, quand elle nous coûte, quand elle met en péril des projets ou des relations et qu’elle nous fait ressentir de l’anxiété et un mal-être.

La procrastination nous met sur une échelle de sentiments

Du point de vue des sentiments et de l’estime de soi, procrastiner nous emmène sur une échelle qui va d’un extrême à l’autre :
de la frustration et de la culpabilité jusqu’au sens d’accomplissement et de réalisation de soi.

-Sur cette échelle vous pouvez vous évaluer très négativement :
quand vous ne faites rien de ce que vous prévoyez et que vous tournez en rond jusqu’à vous sentir frustrés et coupable.

-Ou bien vous pouvez mettre le curseur ailleurs sur l’échelle par exemple :
vous trouvez que vous réalisez des choses concrètes qui vont dans le sens de vos objectifs…
et bien que vous vous forciez et que vous sentiez frustré(e), vous ne ressentez pas de culpabilité.

-Ou encore vous évaluez votre manière de procrastiner de façon plutôt positive :
par exemple vous réalisez la moitié de vos objectifs ; vous nourrissez des sentiments positifs vis-à-vis de vous-même et vous avez une manière suffisamment efficace d’utiliser votre temps.

-Enfin à l’extrême de l’échelle, la procrastination est pleinement positive :
vous avez un sens d’accomplissement et de satisfaction quand vous êtes dans l’action…
tout en vous réservant des temps de repos et de récompenses pour tout ce que vous faites.

Les conséquences de la procrastination

Si la procrastination a des conséquences sur la vie quotidienne, celles-ci sont à la fois négatives et positives.

Je vais d’ailleurs revenir sur cet aspect « ressource » de la procrastination, un aspect qui me tient à cœur car je remarque que trop souvent on met le focus sur la procrastination pour l’étiqueter seulement comme une mauvaise habitude.

Si “remettre à plus tard” à des conséquences qui nous mettent en difficulté, on peut toujours faire un autre choix et décider de nouvelles priorités :

  • Qu’est ce que je décide  pour me préserver ?
  • Quelles priorités puis-je choisir consciemment et qui sont bonnes pour moi ?

La procrastination a mauvaise réputation, car elle est souvent (et faussement) synonyme d’inaction: Or quand on remet au lendemain on fait quelque chose.

La procrastination est-elle de la paresse ?

La procrastination n’est pas de la paresse.
Procrastiner au sens premier, ce n’est pas ne rien faire : on fait une pause et on exerce sa capacité à différer…
La procrastination implique des choix donc on n’est pas dans un rapport à la paresse.

La procrastination a cela de particulier qu’elle est une attitude mise en oeuvre au profit d’une autre action : on fait des choses mais pas forcément celles qu’on « devrait » faire à cet instant là.
Procrastiner ce n’est pas ne rien faire.
Et “remettre à plus tard” est une attitude que nous pouvons atténuer avec le temps.
Mais nous pouvons aussi l’aggraver à force de répétition et sans nous poser les questions nécessaires pour évoluer.
L’essentiel est donc de nous rendre conscients des raisons qui nous poussent à procrastiner et des sentiments qui nous animent.

Procrastiner dépend du contexte.

Une personne qui remet à plus tard manifeste cette attitude dans des contextes différents et parfois bien distincts les uns des autres:

-Par exemple on parle de procrastination professionnelle, scolaire, administrative, de procrastination dans la vie quotidienne, qui touche la gestion des papiers, du courrier, les difficultés de paiement ou les taches ménagères.

-On peut aussi parler de procrastination au niveau de la prise de décision : quand une personne se sent incapable de faire des choix et qu’elle repousse sans cesse ou qu’elle se sent anxieuse et dans l’incertitude à l’idée de se décider.

La procrastination est une attitude qui revêt des comportements différents selon les contextes et elle ne touche pas forcément tous les domaines de notre vie : on peut par exemple respecter ses échéances au travail et ne jamais prendre rendez-vous chez le médecin.

Procrastination et Amour de soi

Je crois que la procrastination est en lien avec le respect de soi et avec l’amour de soi,
voici quelques questions que vous pouvez vous poser pour vous aider à clarifier votre état d’esprit :

  • Est- ce que je m’aime suffisamment pour choisir ce qui est bon pour moi et assumer mon choix?
  • Est-ce que j’y trouve mon compte quand je mets en œuvre ce type de comportements?
  • Est ce que je les répète de façon automatique?  Sont-ils devenus des limites à ma qualité de vie?
  • Est-ce que la procrastination me met dans des situations inconfortables?

La procrastination est d’abord une ressource à vivre

La procrastination a bien des aspects positifs : elle est d’abord et avant tout, dans sons sens étymologique une action en faveur du lendemain.

C’est vrai ça…Pourquoi aujourd’hui ? Et pourquoi pas demain ?… ou même un autre jour ?

On remet à plus tard quand on est dans une phase d’apprentissage, ou dans une phase de test de ses limites et de ses frontières personnelles ou encore quand on a besoin de temps d’intégration.
La procrastination est alors naturellement une ressource, un outil à notre service.

Quand tout va trop vite dans notre vie, procrastiner nous donne la possibilité de ne pas nous laisser embarquer dans un mouvement rapide; de ne pas choisir une action immédiate et inconsidérée.

Avant de nous réfugier dans un système de gestion de temps ou dans une organisation de travail calibrée, procrastiner c’est prendre le temps de réfléchir, d’intégrer ce qui se vit.

Procrastiner et laisser maturer…

Peut être que la procrastination est une défense salutaire qui nous donne du temps pour détecter ce qui ne fonctionne pas dans notre système personnel : remettre à plus tard nous invite à nous poser des questions à un autre niveau pour avancer autrement.

Voila donc cette dimension positive de la procrastination; remettre à plus tard est une action qui a du sens en soi.

Un autre aspect positif et pragmatique: procrastiner nous permet de différer des tâches que nous ne sentons pas, ou que nous considérons comme abusives.

Remettre à plus tard nous invite à exercer notre discernement, à nous connaitre mieux, c’est une façon de nous singulariser et de lutter conter les agressions du temps instantané :
je décide de ce qui est important pour moi ».

Procrastiner peut aussi révéler une préférence que nous avons et qui nous est utile comme par exemple « travailler dans l’urgence ».

Procrastiner c’est tellement humain !

Nous pouvons tous avoir ce genre comportements car la procrastination me semble liée à notre impulsivité naturelle, à notre envie de satisfaire un besoin, un désir, une envie dans l’instant.
Et c’est un thème qui est, me semble-t-il, en lien direct avec les stimulations et les distractions présentes partout dans notre environnement et dans la société d’une manière générale.
Face à une tâche pour laquelle on ne trouve pas de satisfaction immédiate, on se donne des raisons de la repousser… Parfois même on se construit des peurs irrationnelles pour mieux la repousser ou encore on s’enferme dans des schémas de pensée qui nous mettent sous stress et qui nous font envisager des scénario catastrophe.

La procrastination nous parle de notre manière de penser, avec ce dialogue interne qui est plus ou moins efficace pour nous motiver, nous mettre en action et agir:
« J’ai peur de manquer de temps… »,
« Je suis trop perfectionniste…. »,
« Je ne le fais pas parce que ça me prend un temps fou »

« Je suis jamais assez content de moi, c’est jamais assez bien »
« 
Je ne sais pas faire alors je repousse »

Quand on en fait un problème la procrastination nous rend victime de nous même et on se met à agir contre soi. C’est une attitude qui peut créer des disputes avec notre entourage, et avoir des conséquences négatives sur nos relations

Quand la procrastination s’installe comme un comportement automatique, elle est peut-être la manifestation d’un manque de confiance en soi ou d’un besoin de reconnaissance insatisfait ou encore de croyances inappropriées qui ont été généralisées comme par exemple : « Puisque les problèmes reviennent tout le temps, à quoi bon commencer quelque chose? »

Quand la procrastination devient une souffrance, elle nous enferme dans un cercle vicieux : il est alors essentiel de mettre au jour les émotions qui nous animent et ce qu’on croit à propos de notre capacité d’agir et de la valeur que nous nous reconnaissons en tant que personne.

Revenir à un fonctionnement plus agréable.

La procrastination est une habitude que nous installons au fil de notre expérience.

Il n’y a pas de bouton on/off pour s’arrêter de procrastiner.

Je la vois plutôt comme une spirale qui dévore en nous la motivation et l’énergie,
une spirale de laquelle nous pouvons nous extraire grâce à des alliés précieux comme la volonté et la conscience, pour mettre au jour nos croyances et être prêt à les faire évoluer.

Le thème de la procrastination nous ramène toujours à des questions fondamentales :

  • Qu’est-ce que je veux vraiment ?
  • Quelle est mon intention ?
  • Est-ce que je décide de m’accorder une marge de temps ? Quelle est ma limite ?
  • Quels sont les inconvénients dans cette situation à remettre à plus tard mon action ?
  • Suis-je bien conscient de ces inconvénients ?
  • Comment aborder à ce qui me semble insurmontable ?
  • De quoi ai-je peur ?

Si la procrastination devient une limite telle qu’elle nous empêche d’être heureux au quotidien, au travail ou dans nos relations; si elle nous retient de faire des choses vraiment importantes pour nous … alors nous pouvoir choisir de travailler sur ces comportements et partir à la découverte de notre manière de fonctionner pour la comprendre profondément et la changer.

La procrastination envisagée comme ressource nous invite à nous réapproprier le temps qui file trop vite et à nous réserver un moment pour choisir et pour agir.
Nous avons besoin de ce temps pour nous décider pleinement, pour développer une compétence, pour faire notre apprentissage ou pour être en accord avec nous même.

Procrastiner… Une leçon d’enfance

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Regardez les enfants autour de vous :
ils ont cette capacité à se concentrer sur la chose qui les intéresse vraiment… JOUER !
Très tôt dans son développement l’enfant remet à plus tard les devoirs et les mots d’ordre de ses parents.
Il a pour lui la force de sa naïveté et de sa spontanéité.
Il a ce pouvoir de vive pleinement l’instant présent.

C’est une leçon de l’enfance et une ressource à cultiver encore et toujours quand nous sommes devenus adultes... Car la beauté du Monde est aussi cultivée par de grands procrastinateurs : Leonard de Vinci a mis 15 ans pour terminer Mona Lisa…